Risques majeurs naturels et industriels : faire face à leurs complexités croissantes

Les risques majeurs préoccupent acteurs publics et privés. Pour prévenir les crises induites, ils doivent être maîtrisés par l’État, les collectivités et les entreprises, celles-ci pouvant être à la source du danger. Il faut assurer la protection des populations et de l’environnement. Définir et mettre en œuvre les politiques nécessaires s’avère de plus en plus complexe.

Dans un environnement où la demande de sécurité des populations, mais également les vulnérabilités se font croissantes, les acteurs publics et privés sont confrontés quotidiennement aux problématiques de prévention et de maîtrise des risques majeurs industriels et naturels. Malgré des niveaux de sécurité industrielle de plus en plus performants et une connaissance des phénomènes naturels de plus en plus poussée, nous devons déplorer nombre de crises à enjeux majeurs humains et environnementaux.

Ces crises sont de puissants révélateurs des limites de nos systèmes sociaux et de dysfonctionnements organisationnels. Mener une véritable politique globale de prévention des risques majeurs est aujourd’hui une évidente nécessité. Celle-ci doit prendre en compte de nombreux paramètres : perception et identification des risques, enjeux de la maîtrise de l’urbanisation périphérique, du vieillissement des installations, de la formation continue et du développement des compétences, degré d’implication souhaitable et souhaitée des parties prenantes ou encore gestion post-crise et redémarrage de l’activité socioéconomique.

Ainsi les défis sont-ils nombreux. Intégrer le citoyen au cœur du dispositif de gestion de crise et de gestion post-crise par la réduction de sa vulnérabilité en est un de taille. Travailler sur sa perception de la crise, sur sa préparation et sur le lien de confiance avec les autres acteurs de la crise – structures publiques et privées – peut permettre de réduire l’intensité de la crise et ainsi faciliter sa gestion. Mais développer une véritable culture de la crise dans notre société n’est pas forcément simple. Des facteurs de résilience liés à la culture, à l’histoire d’un territoire ou d’un groupe d’individus doivent être pris en compte. Aussi la communication destinée à la population joue-t-elle un rôle crucial dans la mise en place de cette culture partagée.

Devenue un paramètre incontournable de la gestion de crise, qu’il s’agisse des médias traditionnels ou des nouveaux vecteurs de communication (dont les réseaux sociaux), la communication est aujourd’hui essentielle dans l’efficacité d’une gestion de crise. Les pouvoirs publics comme les organisations privées sont soumis au regard critique des médias, ce qui conditionne en partie les réponses à apporter à telle ou telle crise. Il ne s’agit pas de réduire cette communication à « l’espace-temps » de la crise. Il s’agit de l’ériger en vecteur de la prévention et de la préparation du citoyen.

Avant, pendant et après la crise, se posent les questions du financement et de l’impact économique des mesures mises en œuvre par les différentes parties prenantes. La politique globale de prévention des risques majeurs doit définir SUR QUI repose le coût de la prévention, des réparations et des indemnisations, tout en prenant en compte les valeurs de notre République telle que l’égalité de traitement des citoyens sur tout le territoire. Aussi l’étude des impacts économiques des mesures sur l’activité économique ou sur l’urbanisme accroît-elle la complexité de la tâche pour les décideurs.

Les mécanismes d’assurance, mais également d’assistance notamment au niveau de l’Union européenne (mutualisation des moyens d’intervention entre états) sont des outils plus que jamais nécessaires compte tenu de l’ampleur croissante des crises, des contraintes budgétaires et des attentes des populations.

Le développement technologique couplé aux risques naturels et à leurs évolutions (liées notamment aux évolutions climatiques) font que des crises de type « Na Tech » (crises liées simultanément à des causes naturelles ET technologiques), par leur ampleur et la variété de leurs conséquences, témoignent à la fois de la complexité des crises actuelles et de la nécessité d’une coopération entre acteurs publics (acteurs traditionnels de la gestion des crises naturelles) et privés (acteurs des crises technologiques).

Il faut s’intéresser à la prévention, à la gestion de crise, comme à la gestion post-crise, avec l’objectif, notamment, d’observer la façon dont se coordonnent les différentes parties prenantes dans la complexité des situations. Il faut rechercher en France et hors de France, de bonnes pratiques afin d’enrichir la réflexion et l’action.

Même si des progrès restent bien sûr possibles et doivent être recherchés, le système français de gestion des risques majeurs apparait robuste et efficace. Le rôle du Préfet notamment, en tant que décideur sur un territoire donné, est un atout considérable en temps de crise, lorsque la prise de décision doit être immédiate et rapidement suivie d’effets.

Mais, parce que le niveau de résilience de la population ainsi que le comportement des décideurs sont des déterminants de l’efficacité d’une politique de gestion des risques majeurs, il faut travailler sur le lien de confiance entre acteurs publics et privés, entre ceux-ci et les citoyens. Il faut aussi travailler sur la confiance en soi de chaque citoyen : préparé, il devient acteur.

Tel est l’un des défis à relever pour améliorer le système français face à la complexité contemporaine des risques et des crises.

Par Sarinah Asselas

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